Lavaud reprend l'arrêté anti-sdf de mottet

PRESSE | REPRESSION - dimanche 22 mars 2009

La police a son arrêté anti-SDF et a même commencé à s'en servir. Les deux premiers PV ont été dressés hier après-midi à l'encontre d'une jeune fille et d'un jeune homme qui faisaient la manche devant une boutique de la rue Goscinny. «Pour entrave à la circulation», ils ont écopé d'une amende de 11€ chacun.
Pressé depuis plusieurs semaines par les commerçants, importunés par la présence de nombreux SDF parfois éméchés et dont les chiens ont mordu à plusieurs reprises, Philippe Lavaud a discrètement signé le vendredi 12 décembre son arrêté réglementant sévèrement la présence des SDF dans les rues du centre-ville.

Le texte du maire PS reprend point par point celui que son prédécesseur UMP Philippe Mottet avait l'habitude de signer chaque début d'été depuis 2000: «Sont interdites toutes occupations abusives et prolongées des rues, accompagnées ou non de sollicitations ou quêtes à l'égard des passants, lorsqu'elles sont de nature à entraver la libre circulation des personnes ou bien de porter atteinte à la tranquillité et au bon ordre public. Est en outre interdite la station assise ou allongée lorsqu'elle constitue une entrave à la circulation. Enfin, la consommation de toute boisson alcoolisée est également prohibée, en dehors des cafés et restaurants».

On retrouve aussi le paragraphe sur les chiens: «Le regroupement des chiens même tenus en laisse et accompagnés de leurs maîtres est interdit. Le non-respect de cette disposition entraînera l'intervention de la fourrière canine aux frais des contrevenants».

Seule différence, la période d'application -ce type d'arrêté doit être limité dans le temps- est différente. Elle courra chaque année du troisième lundi de novembre au premier week-end de février, période choisie en raison de «l'affluence de personnes dans les rues à l'occasion des Gastronomades, des animations de Noël et du festival de la BD».

Pour le commissaire Damien, cet arrêté était nécessaire au travail des policiers: «On a besoin d'un cadre juridique pour agir», explique-t-il.
Le texte étant assez vague, reste maintenant à voir de quelle manière il sera appliqué. A la lettre, ce qui risquerait de causer de gros ennuis aux SDF. Ou uniquement dans l'esprit, ce qui était le cas jusqu'à présent, sans que les commerçants soient vraiment satisfaits du résultat.

A. L.N.

publication : Charente libre
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Angoulême et ses pauvres

Hubert Leray - mercredi 1 avril

Acte II. Parmi d'autres réactions indignées d'internautes Bakounine publie un texte, sévère mais juste, sur le site Révoltes. Article qui sera repris notamment sur les sites Bakchich et Le Grand soir.

http://www.revoltes.net/spip.php?article1468

* Angoulême se débarrasse de ses pauvres

Un arrêté anti-pauvres réglemente la présence des "SDF" dans les rues du centre-ville d’Angoulême.
Angoulême n’est pas une ville bien riche. Les ouvriers ou employés, ceux qui le sont encore, sont vernis à côté de leurs voisins qui ont perdu leur emploi dans la forte désindustrialisation subie ces dernières décennies. Petits salaires, chômage, précarité et RMI sont des points forts de l’économie locale. Le Conseil général de la Charente a été l’un des premiers en France à expérimenter le RSA bien avant que ce nouveau machin ne se fasse connaître. Le Conseil général de la Charente est proche de la cessation de paiement notamment en raison des montants versés au titre du RMI/RSA d’une part, et d’autre part de l’APA aux nombreux vieillards désargentés qui peuplent le département.

Et c’est dans ce biotope de pauvres que le maire légifère contre les nuisances dues aux plus pauvres ! As-tu entendu parler d’un arrêté qui réglementerait la présence des personnes soumises à l’ISF dans les rues du centre-ville de Neuilly ? La présence massive de sacs Vuitton devient insupportable et les riverains se plaignent des nuisances olfactives occasionnées par l’excessive concentration de Chanel N°5. Sans compter la prolifération des diamants, matière inflammable, qui augmente dangereusement les risques d’incendie.
Le quotidien "Charente libre" nous apprend que le texte de Philippe Lavaud, maire (socialiste), « reprend point par point celui que son prédécesseur UMP Philippe Mottet avait l’habitude de signer chaque début d’été depuis 2000. » On laisse à d’autres le soin de dire tout le mal que l’on pense de cette continuité politique.
Wikipédia nous apprend que monsieur Philippe Lavaud est « Vice-président de la commission [...] de l’Économie sociale et solidaire, [...] du Dialogue social du Conseil régional de Poitou-Charentes » (on peut rire si ça soulage). Les pauvres d’Angoulême ont bien de la chance ! Tu imagines ce qu’ils vivraient si leur maire n’était pas pétri d’un idéal social et solidaire axé sur le dialogue du même métal ?

Au XXe siècle les socialistes ont eu un Jaurès dont les discours sont restés dans les mémoires. Eh bien lisons maintenant un socialiste moderne et rénovateur du XXIe siècle :
« Sont interdites toutes occupations abusives et prolongées des rues, accompagnées ou non de sollicitations ou quêtes à l’égard des passants, lorsqu’elles sont de nature à entraver la libre circulation des personnes ou bien de porter atteinte à la tranquillité et au bon ordre public. Est en outre interdite la station assise ou allongée lorsqu’elle constitue une entrave à la circulation. Enfin, la consommation de toute boisson alcoolisée est également prohibée, en dehors des cafés et restaurants ».

« Le regroupement des chiens même tenus en laisse et accompagnés de leurs maîtres est interdit. Le non-respect de cette disposition entraînera l’intervention de la fourrière canine aux frais des contrevenants ».
"Charente libre" observe que le texte, appliqué à la lettre, « risquerait de causer de gros ennuis aux SDF. » C’est bien de l’écrire mais c’est une analyse un peu limitée.

Prenons le paragraphe sur les chiens pour illustrer notre propos. Imagine que les maîtres des chiens "regroupés" sont Madame Jeanine, la veuve du pharmacien, qui tire trois roquets criards. Monsieur Gaston et ses deux caniches qui puent. Et puis Mademoiselle Fernande, l’ancienne institutrice au grand cœur, chez qui cinq chiens plus ou moins bâtards ont trouvé refuge. Tu crois que la police va faire intervenir la fourrière lors de leur (longue) discussion dans la rue au sujet du temps qui n’est plus de saison que la pauvre Madame Isabelle en est encore au lit avec la bronchite ? Même si les chiens sont d’humeur follement aboyeuse ? Même si le trois-quart berger allemand de Mademoiselle Fernande souhaite bouffer les deux caniches en dessert après une douzaine de passants en plat de résistance ?

Tu crois que Mademoiselle Fernande pourrait se faire tonfer à donf ? Tu crois que Monsieur Gaston pourrait prendre trois mois fermes pour outrage et rébellion ? Tu crois que Madame Jeanine pourrait hériter de trois ans de mise à l’épreuve avec ses cent-vingt heures de TIG (travail d’intérêt général) ?

Si je te sens, aimable lecteur, un tantinet dubitatif, c’est qu’ici la loi est conçue ouvertement pour ne s’appliquer qu’à certains de nos concitoyens. C’est encore pire que l’inégalité devant la loi illustrée par La Fontaine (selon que vous serez puissant ou misérable...) Peux-tu penser sérieusement que cela ne révolte pas les zonards victimes de cette discrimination flagrante ?
On continue l’analyse du texte "socialiste". Un arrêté municipal a force de loi.

Ici la loi est hypocrite. Pas un mot au sujet des cinquante mille lits supprimés en psychiatrie au cours des vingt dernières années. C’est un gauchiste qui écrit : « Malaise quand les premiers bâtiments qui ont été mobilisés pour des places de stabilisation sont d’anciens pavillons de psychiatrie désaffectés... Ceux qui pour une part sont à la rue, quand ils auraient nécessité une hospitalisation dans un service de santé mentale, se retrouvent des années plus tard dans les anciens hospices, avec les soins en moins... » (Martin Hirsch)

Pas un mot sur la pénurie de places en accueil d’urgence. C’est un terroriste anarcho-autonome d’ultrahypergauche qui râle contre les refus répétés du 115 : « Malaise quand, après avoir maraudé avec le SAMU social, on constate encore qu’on refuse un hébergement à des personnes à la rue qui veulent se mettre à l’abri, faute de disponibilité. » (Martin Hirsch, idem)

Pas un mot sur les porcheries d’accueil d’urgence, sur un système ubuesque ou sur le rocher de Sisyphe des travailleurs sociaux. C’est la Cour des comptes, ce repaire de couteaux entre les dents, qui écrit : « Les obstacles à l’accès aux droits sont autant, et même davantage, liés aux défaillances politiques et institutionnelles qu’aux facteurs de vulnérabilité des personnes concernées ».

Ici la loi est hypocrite. Pas un mot sur une politique qui encourage le pourrissement de la situation. Il faut des épouvantails dans les rues. Il faut des morts dans les journaux. Il faut faire peur pour que les autres acceptent. De bosser pour des cacahuètes. Le retour à l’état social du XVIIIe siècle. Les suicidés au travail "trop fragiles". Toutes les indignités imaginables et inimaginables. « La société est une société d’oppression et de gestion des limites de l’acceptable. Elle ne tient pas à soulager la souffrance des personnes sans-abri, mais avant tout à mettre en scène une leçon de moralité publique. » (Patrick Declerck)

Pas un mot sur les 18-25 ans, qui n’ont plus droit à l’ASE, aide sociale à l’enfance [1], et pas encore droit au RMI. Pas le moindre mot sur tous ces gosses qui n’ont pas de famille et sortent sans parachute de foyers éducatifs ou de familles d’accueil.

Pas un mot sur la difficulté à trouver un emploi même maigrement rémunéré.

Pas un mot sur le mal-logement ou sur la crise du logement.

Dans un arrêté anti-pauvres, il faudrait aussi évoquer les étrangers avec ou sans papiers, les saisonniers et précaires, les chômeurs, les expulsés, les femmes battues, les errants, les anciens taulards, les vieillards qui se cachent pour faire les poubelles le soir.
Philippe Lavaud, maire "socialiste" d’Angoulême, n’a pas un mot pour tout cela.

***

Acte III. 27 décembre. Devant les remous suscités par l'arrêté initial, il n'y a pas que sur internet que ça râle sec, le maire se "contente" finalement d'un arrêté anti-chiens. Bakounine était devin...

* L'arrêté anti-SDF devient un arrêté... anti-chiens
Stéphane URBAJTEL

A l'hôtel de ville d'Angoulême, on affirme, la main sur le cœur, que c'est juste «un gros couac», une erreur administrative. Et que l'annonce d'aujourd'hui n'est ni un renoncement, ni une manière détournée de retomber sur ses pieds suite à l'émoi suscité par la mesure et aux critiques sévères qui pleuvent depuis une semaine : le maire, Philippe Lavaud, a adressé, hier, aux services de la préfecture, une nouvelle version de l'arrêté concernant «l'occupation abusive du domaine public». Un arrêté abrogeant et remplaçant celui du 12 décembre. La différence, et elle est de taille, c'est que, cette fois, on ne peut plus parler d'une disposition «anti-SDF» mais plutôt d'un texte «anti-chiens dangereux».

La Ville explique ainsi que la préfecture a reçu, il y a huit jours, une première version d'un arrêté, qui, comme CL l'a écrit dès le 20 décembre, ressemble à s'y méprendre au texte anti-SDF réalisé par l'équipe Mottet en 2002. Sauf que, jure la mairie, ce premier document transmis n'était pas le bon. «Par erreur», l'une des pages, celle qui affichait les dispositions les plus controversées, était une copie de l'arrêté Mottet.

Dans un communiqué parvenu aux rédactions hier, la Ville veut donc rectifier et justifier la mesure: «Après plusieurs agressions de personnes par des chiens, survenues ces dernières semaines en ville, et avec l'augmentation d'interventions de la police municipale pour capturer des chiens agressifs et les amener en fourrière (...), l'arrêté a pour objectif de protéger les passants de l'agressivité éventuelle de chiens présents sur la voie publique, animaux que leurs propriétaires ne seraient pas en mesure de maîtriser».

***

Acte IV. 15 janvier. Où l'on apprend au détour d'une phrase ce qui aurait justifié ce fameux arrêté.

* Le jeune SDF récupère ses chiens au tribunal
Jean-François BARRÉ

Jean-Baptiste a 22 ans, vit dans la rue depuis «six ou sept ans». Il est né à Soyaux mais est domicilié au centre social. Hier, il a quitté le tribunal avec le sourire. La procureure a requis la restitution de ses animaux. Laure Vuitton, la présidente de l'audience, l'a prononcée. Et cela a semblé plus important que les trois mois de sursis avec mise à l'épreuve, les amendes avec sursis, l'obligation de soins.

«C'était pas très très clair dans ma tête»

Parce que s'il vit à la rue, Jean-Baptiste n'a pas la caricature du SDF ivre, agressif et menaçant. C'est d'une voix fluette, en murmurant presque, qu'il a expliqué pourquoi, ce 27 novembre, rue de la Corderie à Angoulême, l'un de ses chiens avait mordu un passant. Et pourquoi il s'était agité, rebellé, pour éviter de grimper dans la voiture de la patrouille, direction le commissariat. «Je n'ai pas compris pourquoi ils voulaient m'embarquer alors que je m'étais fait agresser.»

Le tribunal l'a admis. Ce jour-là, il redescendait «chez lui» avec sa compagne Lucie quand l'un de ses quatre chiens a traversé la rue. Il l'a corrigé. «Mais je ne l'ai pas blessé. Il avait failli se faire écraser.» Il a fallu qu'un passant lui fasse une remontrance pour que l'histoire parte en vrille. Qu'un second passant s'en mêle, que le ton monte pour que le chien défende son maître en attrapant le mollet du passant.

Mais était-il bien judicieux de demander à sa copine de lâcher les chiens sur les policiers? «J'avais bu. C'était un extra», chez celui qui se dit sobre depuis un bout de temps. Certes, son avocat en a convenu, Jean-Baptiste s'est montré un peu rétif aux questions de l'enquêteur social. Certes, il a créé «un réel trouble à l'ordre public» qui est peut-être même à l'origine de la réactivation de l'arrêté anti-chiens de la municipalité, lui qui a pris le premier PV. «Mais il est sincèrement désolé et capable de remise en question», a souligné son avocat qui a noté que ses excuses n'avaient pas dû tomber dans l'oreille de sourds puisque les policiers outragés n'étaient pas partie civile.

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