Pour quitter la rue, l'absurde chemin de croix de Dominique

INSALUBRITé | PORTAITS - TéMOIGNAGES | PRESSE | TRAVAILLEURS SOCIAUX - lundi 2 novembre 2009

Dominique est proche de la quarantaine quand je le reçois dans le cadre d'une consultation gratuite dans un accueil de jour. Vivant à la rue, parfois hébergé dans l'appartement d'un ami qui s'absente pour raisons professionnelles, il présente une alcoolo-dépendance dont il ne comprend pas les fondements.

En effet, il peut s'alcooliser assez fortement pendant deux semaines, jusqu'à environ 7 litres de vin par 24 heures, puis faire un sevrage sauvage, sans accompagnement médical malgré les risques encourus, et rester abstinent durant les deux semaines suivantes, jusqu'à la Saint-Rémi et le versement de son RMI qui marque le retour à l'alcoolisation.
Devenir SDF

Néanmoins, ce qu'il a identifié dans ces modalités bien singulières, c'est que boire lui évite de penser à ce qu'il estime avoir raté dans sa vie : sa vie de famille, sa place de père et sa carrière professionnelle. Pour cette dernière, « rater » est à nuancer car son modèle est celui de son père, « parti de rien pour arriver très haut », commente-t-il.

Et c'est précisément ce que Dominique fait, descendre au plus bas pour partir de rien et gravir les échelons. Il s'inscrit donc dans ce qu'il imagine être le sillage paternel, en partant d'une vie de clochard pour ensuite gravir les échelons de la société.

A cela s'ajoute la phrase de son parrain : « T'es le troisième, le taré, celui qu'on fout dehors. » En quelques séances, Dominique découvre que sa situation s'enracine là, dans ce rapport particulier au désir du père, et au discours de l'Autre, son parrain qu'il affectionne tant.

Ainsi, sa réussite sociale se fait d'une façon peu conventionnelle, au risque de se mettre en grande difficulté sociale, familiale et mettant en danger jusqu'à sa vie. Ceci répond à sa singularité.
Le sevrage

Au bout d'une dizaine de séances, il s'engage dans un sevrage qu'il sait faire tout seul depuis des années, mais cette fois-ci il le fait accompagné par un médecin afin d'avoir un anxiolytique, un antidépresseur et des vitamines.

Il change de fréquentations pour ne plus être tenté de s'alcooliser avec ses compagnons de rue qui, eux, ne sont pas entrés dans une démarche d'abstinence. Il demande alors un logement pour sortir de la rue (paradoxalement, être à la rue est aussi être « dans » quelque chose) afin de réunir les meilleures conditions matérielles pour maintenir son abstinence.

A cela s'ajoute le projet de reprendre la garde alternée pour ses enfants.
Le retour dans un logement et au travail

Parti plein d'espoir, Dominique se confronte très vite au fonctionnement des aides sociales et à leurs absurdités.

Ainsi, s'il reprenait un logement avant de retrouver un emploi, il pouvait bénéficier de nombreuses aides se chiffrant à plusieurs milliers d'euros sur un an : une caution et le dépôt de garantie pour son logement, un petit prêt à taux zéro pour équiper au minimum son appartement, des allocations logement à taux plein sur plusieurs mois et le droit à cumuler de façon dégressive son RMI avec un éventuel salaire sur près d'un an.

Mais s'il signait un contrat de travail avant de signer son contrat de logement, même si c'était la veille de signer son contrat de logement, il perdait alors ces aides.

Ce que Dominique demandait, c'était simplement d'avoir un studio HLM pour avoir une adresse et amorcer son retour à l'emploi, puis de déménager quand sa situation irait mieux. Mais sans logement, pas de travail, et sans travail, pas de logement. Restaient les services sociaux pour l'aider dans sa démarche de réinsertion.
Le retour à l'hôpital

Finalement, il n'a pas obtenu d'appartement HLM et il n'arrivait pas à obtenir, à cause de sa situation de SDF, un studio dans le privé malgré un marché de l'immobilier loin d'être saturé… A côté de cela, son sevrage était fait et, sortant de l'hôpital après une prise en charge de trois semaines en alcoologie, il lui fallait maintenant quitter la rue sans quoi il craignait de s'alcooliser de nouveau.

A la rue, c'était inévitable, disait-il. Par ailleurs, il avait obtenu une post-cure d'un trimestre mais il lui fallait patienter trois mois avant d'y entrer. Face à cette situation insoluble, il ne lui restait qu'une solution.
L'absurdité

Il s'est fait hospitaliser trois mois dans un service de psychiatrie qui gérait le service d'alcoologie. Si la société n'a pas su le loger dans un studio pour environ 300 euros par mois dans cette ville de province, il a coûté 494 euros par jour à l'hôpital, pendant 120 jours.

Autant dire que cette somme (plus de 59 000 euros), théoriquement engagée par l'hôpital pour loger durant 3 mois Dominique, dépassait largement le prix d'achat d'un appartement ancien comprenant deux chambres dans cette ville de province.

S'il a eu la chance d'avoir un médecin psychiatre compréhensif, acceptant de le loger pendant trois mois avant sa post-cure pour lui éviter la rue et les grands risques d'alcoolisation, Dominique aurait nettement préféré louer un 18m² pour y recevoir ses enfants le mercredi après-midi, pour se sentir un citoyen « normal » et pour éventuellement entrer en recherche d'emploi en pouvant justifier d'un domicile…

Finalement, après ses trois mois de psychiatrie et ses trois mois de post-cure, il a été logé en appartement collectif par une association bien connue en France, reprenant en même temps un emploi en chantier de réinsertion, puis un emploi « normal » et un logement. Tout s'est arrangé pour Dominique, mais à quel prix…

Par Sébastien Vaumoron | Psychologue en RASED

publication : Rue 89
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sulliwan08 - mardi 17 novembre

beh en fait oui c'est abherant ils debarasse la voie public !!! ils ne sont pas humain si on enlevé le senat l'elysée les voitures les salaire aux dirigeant qui ont imposé cette loi !! comment se sentirait il ? nu pas encore !! mais c'est gens la on enleve le peu qui leurs reste c'est honteux et pas le style de notre chere patrie qui chante liberté liberté cherie !! cette hymne ne ressemble pas a notre pays !!

message de hervé

lesenfants - vendredi 6 novembre

Bonjour!

Je vous écris pour pousser un coup de gueule! Voilà: l'autre jour courant Octobre, passant près de la Place D'Italie dans le 13 ème arrondissement de Paris, j'ai été extrêmement surpris de voir les jardiniers de la ville de Paris occupés à " débarrasser les affaires ( matelas , sacs de couchage plus affaires personnelles, sacs...) de sans-domiciles fixes , profitant je le suppose de leur absence pour les mettre dans la benne de leur véhicule avec les poubelles du parc... Donc je me pose des questions: Ont-ils le droit de le faire? Ont-ils des ordres pour effectuer ces opérations? Qui leur demande de le faire? N'y a-t il pas là atteinte à la propriété privée? C'est en tant que simple citoyen que je dénonce ce harcèlement que semble subir les plus faibles de notre société et surtout cette indifférence du public face à des actes contestables !
Hervé

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